Décongestionner les prisons est une approche logique pour freiner la propagation de la Covid-19 : le

Depuis l'apparition de la pandémie de COVID-19, les autorités ouest africaines ont fait d'énormes efforts pour freiner la propagation du virus, en particulier dans les prisons et autres centres de détention. Certains gouvernements ont encouragé la désinfection régulière des prisons et ont distribué des équipements de protection aux personnels pénitentiaires. D'autres ont réduit au minimum les visites dans les prisons et ont même libéré quelques prisonniers. Ces efforts, bien que louables, n'ont pas eu un impact significatif sur la réduction de la population carcérale dans la sous-région. Selon des rapports, 14 pays d'Afrique de l'Ouest font partie des 115 pays où le nombre total de prisonniers dépasse la capacité officielle de leurs prisons.


Le surpeuplement des prisons est un problème majeur dans de nombreuses juridictions, et constitue actuellement un obstacle majeur pour freiner la propagation de l'épidémie de Coronavirus. Cette situation rend presque impossible la distanciation physique et les pratiques d'hygiène régulières, qui sont les conditions comportementales fondamentales pour aider à éviter cette propagation. Elle compromet la capacité des administrateurs de prisons à respecter les droits de l'homme et les normes de soins de santé de base des détenus. Pour maintenir le virus hors des prisons et des centres de détention ou éviter sa propagation dans ces lieux, les autorités ouest africaines doivent envisager de libérer les détenus et les prisonniers, en particulier ceux qui sont accusés ou condamnés à des peines de prison pour des délits mineurs et non violents liés à la drogue. La fermeture des centres de détention obligatoire (apparemment à des fins de réhabilitation) pour les personnes soupçonnées d'avoir consommé ou abusé de drogues pourrait être utile. Il n'existe aucune preuve que ces centres de détention obligatoire sont efficaces pour traiter ou réhabiliter la dépendance aux drogues. La détention de personnes dans de tels établissements soulève des questions de droits de l'homme et menace la santé des détenus, augmentant ainsi les risques d'épidémie de COVID-19 dans ces établissements.


La récente déclaration conjointe de l'OMS, de l'ONUSIDA, de l'ONUDC et du HCDH sur la COVID-19 dans les prisons et les mesures de décongestionnement des prisons proposées par les Nations unies offrent des pistes claires pour réduire la surpopulation carcérale, et les dirigeants politiques dans la sous-région pourraient les trouver utiles. Les voies recommandées comprennent la limitation des arrestations, des contrôles judiciaires accélérés, la conversion en peines alternatives à la détention et l'amnistie ou la grâce. Après une évaluation approfondie des risques associés à la libération des prisonniers, ces acteurs mondiaux ont défini des catégories de prisonniers ou de détenus dont les autorités politiques devraient envisager de libérer. Il s'agit de prisonniers à faible risque et vulnérables, tels que les personnes âgées et les femmes, les personnes ayant des problèmes de santé préexistants et les délinquants mineurs non violents, qui ne représentent aucune menace pour la sécurité publique. Ma recommandation se fonde sur les conclusions de la Commission Mondiale sur les Drogues, qui souligne que les délinquants mineurs non violents, qui sont souvent ceux qui ont été arrêtés pour des infractions liées à la consommation et à la possession de drogues, constituent une part plus importante de ces catégories et de la population carcérale en général. Les consommateurs de drogues sont pour la plupart non violents et, par conséquent, ne représentent aucune menace pour la sécurité publique s'ils sont libérés de prison. En fonction de leur comportement de consommation, les personnes qui consomment des drogues sont plus susceptibles d'avoir des problèmes de santé préexistants tels que le VIH/sida, la tuberculose et l'hépatite, ce qui augmente leur risque de souffrir de maladies graves ou de mourir après avoir été contaminées par le virus. Le manque d'accès à des soins médicaux appropriés, à la réhabilitation et à des installations nutritionnelles dans les prisons ne fait qu'aggraver la situation. Étant donné le pourcentage élevé de personnes détenues dans les prisons pour des infractions liées à la consommation ou à l'abus de drogues, la libération des personnes qui entrent dans cette catégorie permettrait non seulement de réduire considérablement la population carcérale, mais aussi de les aider à accéder à des services appropriés en dehors de la prison. La libération des prisonniers appartenant à cette catégorie serait utile, mais la décongestion des prisons exigerait également une limitation des arrestations et des détentions non obligatoires, en particulier pour les catégories de délinquants recommandées. En raison des taux élevés de détention préventive dans de nombreux milieux où le recours excessif à la détention est une caractéristique commune, les mesures de décongestionnement des prisons dans le contexte de la COVID-19, définies par les Nations Unies, recommandent que les autorités nationales procèdent à un examen immédiat de tous les cas de détention préventive afin de déterminer s'ils sont strictement nécessaires, compte tenu de l'urgence de santé publique actuelle. Les contrôles judiciaires accélérés et la libération des personnes en détention préventive doivent également prendre en considération la libération de toutes les personnes en détention préventive qui sont soupçonnées d'avoir commis des infractions de faible gravité ou non violentes.

Nous ne pouvons pas nous permettre d'ignorer les preuves irréfutables que le fait de garder des personnes en prison pour la simple possession ou consommation de drogues ne dissuade pas de consommer de la drogue ; au contraire, cela surcharge le système de justice pénale, augmente les budgets des services de répression et, la plupart du temps, entraîne une violation des droits des personnes qui consomment de la drogue. C'est principalement dans cette optique que le Réseau Ouest Africain des Politiques en matière de Drogues (WADPN) recommande aux autorités politiques de considérer la consommation de drogues comme une préoccupation de santé publique et non comme un problème de justice pénale. La dépénalisation de l'usage personnel et de la possession de drogues peut contribuer dans une large mesure à décongestionner les prisons et autres centres de détention dans la sous-région.


Par Prince Bull-Luseni

Directeur exécutif

Réseau Ouest Africain des Politiques en matière de Drogues

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