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PAS SEULEMENT UNE ZONE DE TRANSIT


Le rapport de la Commission Ouest Africaine des Drogues (WACD) intitulé «Pas seulement une zone de transit : Drogue, Etat et société en Afrique de l’Ouest » est le résultat d’une importante étude conduite par la Fondation Kofi Annan, dans les pays de la CEDEAO en 2013. La présentation de ce rapport à la presse, le samedi 11 juillet 2015 au Centre Djoliba de Bamako, a été l’occasion de jeter un regard sur la situation au Mali. Constat : Bamako, zone de forte consommation des drogues et urgence de rompre le silence, de déclasser le tabou et oser parler de la drogue pour une prise en compte globale  des problèmes liés à la drogue et à la formulation de politiques publiques prenant en compte les aspects de santé publique, de droits humains, de prise en charge, de traitement et d’accompagnement des consommateurs de drogues pour leur insertion socio économique.

Un maillon important de la lutte contre les drogues, à savoir l’Office central des stupéfiants (OSC), était représenté par son  Chef de la Division Communication et Relations Publiques, Mohamed Kanouté et son conseiller juridique, Hamidou Kéita. Des associations de la société civile malienne dont la présidente de l’Ascoma Mme Coulibaly Salimata Diarra, le président de l’Organisation pour la réflexion, la formation et l’Education à la Démocratie et au Développement (Orfed) Augustin Cissé, la Commissaire Christine Kafando du Burkina Faso, membre de la Commission ouest africaine sur les drogues (à noter que notre sœur Oumou Sangaré est membre de cette Commission qui est présidée par l’ancien président du Nigéria Olousogun Obasandjo), ainsi qu’un expert de l’Unodc à la Minusma étaient tous présents à cette rencontre d’échanges sur les drogues. Et les langues n’ont pas tardé à se délier : « il y a la drogue dans la cité, mais elle n’est pas encore un sujet de débat public. Il est établi qu’à l’instar des autres pays de l’Afrique de l’Ouest, notre pays n’est pas seulement une zone de transit de la drogue, mais aussi et malheureusement un pays où la consommation prend des proportions importantes », a déclaré Augustin Cissé, Modérateur du Réseau malien d’organisations de la société civile « Osons parler de la Drogue au Mali » (OPDM). Le lien entre les activités illicites de drogue et la stabilité des institutions démocratiques, le développement de la pandémie du sida, les conflits sociaux, les maladies mentales, le chômage, la criminalité organisée, la corruption, le blanchiment d’argent, le terrorisme, les atrocités de masse… est déjà établi. C’est pourquoi, on peut dire avec aise que la problématique de la drogue doit être perçue et traitée aujourd’hui comme une question de développement, a –t-il ajouté. « Il est donc plus que temps d’en parler et d’agir pour éviter de revivre le pire que notre pays a failli vivre avec la déstabilisation de ses institutions en 2012. En effet des spécialistes ont démontré que le développement rapide et incontrôlé d’activités liées à la drogue et au trafic des armes dans le nord du pays était une des causes non négligeable de la crise malienne », poursuit Augustin Cissé. C’est pourquoi une délégation de la West african Commission of drugs, conduite par l’ancien Premier ministre togolais Edème Kodio a séjourné en 2012 dans notre pays pour engager un plaidoyer au plus haut sommet de l’Etat sur les questions de drogue. « Aux côtés de l’Etat, les acteurs de la société civile ont un rôle important à jouer dans le combat contre ce fléau. C’est pourquoi des ONG maliennes réunies au sein du Réseau OPDM veulent apporter leur contribution à cette cause nationale », a expliqué Augustin Cissé. Parmi les membres de ce réseau OPDM on peut citer : Orfed, Kénédougou Solidarité, Amdh, Danaya So, RPL, Ascoma, Rascpam. Selon son président « Le réseau OPDM veut contribuer à ouvrir le débat au niveau national sur ce sujet sensible, faire du plaidoyer  auprès des autorités pour une prise en compte globale  des problèmes liés à la drogue et à la formulation de politiques publiques prenant en compte les aspects de santé publique, de droits humains, de prise en charge, de traitement et d’accompagnement des consommateurs de drogues pour leur insertion socio économique ».

Le réseau OPDM a été fortement impliqué par l’Office central des stupéfiants dans les activités commémoratives de la journée internationale de lutte contre l’abus et le trafic des stupéfiants, le 26 juin, célébrée cette année à Sikasso. Cette première activité d’envergure du réseau a été soutenue par l’Institut de la société civile de l’Afrique de l’Ouest (WACSI), Open society Initiative for West Africa (OSIWA), la Commission ouest africaine sur les drogues (WACD).

 Office central des stupéfiants

Une présentation de l’Office central des stupéfiants (OCS), de 2012 à 2014, la structure a saisi d’importantes quantités de drogues, à savoir : 36, 400 kilogrammes de méthamphétamine ; plus de seize (16) Kilogrammes de cocaïne; près de dix  (10) tonnes de cannabis (chanvre indien). D’autres drogues comme l’héroïne, le crack, l’éphédrine, le diazépam, le valium, le rivotril, le tramadol et beaucoup de produits pharmaceutiques contrefaits. Selon Hamidou Kéita, conseiller juridique à l’Office central des stupéfiants, la méthamphétamine est de fabrication très rependue en Afrique de l’Ouest. Cette drogue est particulièrement prisée en Asie, particulièrement l’Inde, où le kg peut coûter 250 000 à 300 000 euros. Par ailleurs, le cannabis est cultivé, conditionné et commercialisé au Mali, a indiqué Hamidou Kéita de l’OCS. « Le pari de la lutte contre la drogue ne peut être gagné que par le concours de l’ensemble des composantes de la société (pouvoirs publics, société civile, médias…) », a conclu Hamidou Kéita, conseiller juridique de l’OCS. L’Office central des stupéfiants est créé par Décret n°10-212/P.RM du 13 Avril 2010, avant de se rendre compte que l’office devait être créé par une loi. Ainsi créée par l’Ordonnance du 02 Septembre 2013, l’OCS est opérationnel  depuis Janvier 2011.

Missions de l’OCS

L’Office central des stupéfiants est chargé de « la mise en œuvre de l’ensemble des mesures de prévention, de contrôle et de répression envisagées au plan national, sous régional, régional et international pour une lutte efficace et coordonnée contre le trafic illicite des stupéfiants », a expliqué le conseiller juridique. A ce titre, il est chargé de : collecter, centraliser, analyser et exploiter tous les renseignements pouvant faciliter la prévention et la répression du trafic illicite des stupéfiants ; mettre en œuvre et coordonner toutes les actions tendant à la répression du trafic illicite des stupéfiants ; créer et alimenter les banques de données relatives aux  faits d’abus et de trafic illicite des stupéfiants ; assurer la diffusion, au niveau des services chargés de la lutte contre le trafic illicite des stupéfiants des informations relatives notamment à son évolution ainsi que des techniques et procédés entrant dans le cadre  de cette lutte ; mettre en œuvre  les recommandations du comité interministériel de coordination de la lutte contre la drogue. Enfin l’OCS est investi de la mission de police judicaire en matière de trafic illicite des stupéfiants. Il dispose d’un effectif mixte composé des agents de la Gendarmerie, de la Police, de la Douane, de l’Armée, de la Garde Nationale et d’autres administrations civiles.

L’Office Central des Stupéfiants dispose d’une antenne dans chaque région du pays (Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao et Kidal). A Bamako, il dispose de deux Groupes d’Intervention et d’une antenne à l’Aéroport International de Bamako-Sénou abritant la Cellule Aéroportuaire Anti-Trafics (CAAT) mise en place dans le cadre du projet AIRCOP de l’ONUDC. Toutes ces structures ont mission d’investiguer sur des affaires portant sur le trafic illicite des drogues.

Quartiers drogues à Bamako

De nombreux témoignages au cours de cet atelier ont fait état d’un commerce florissant des drogues à Bamako et au Mali. Selon certains des rues et mêmes des maisons connues du public, en commune II du district de Bamako, et particulièrement à Bagadadji et Medina Coura, sont indexées comme étant des lieux de commerce et de consommation à ciel ouvert. Certaines rues ont pris la dénomination de rue Bogota ou Colombie. Ne s’aventurent généralement dans ces rues que les dealers, les petits vendeurs et les consommateurs de même acabit. Boudées par les non consommateurs, certaines rues de la Commune II sont nuitamment abandonnées aux mains de ceux qui y viennent discrètement prendre leur dose sans problème. Elles sont bien connues des forces de l’ordre, mais les patrouilles ne s’y aventurent pas, selon des témoignages prononcés lors de cet « atelier de présentation du rapport de la commission ouest africaine sur les drogues », au centre Djoliba de Bamako.

  Selon certains témoignages, ces lieux et ces opérations sont connues de la police et des autorités. Le manque de volonté politique a été beaucoup évoqué au cours de cette journée d’échanges. Les participants ont suggéré que la drogue cesse d’être un sujet tabou, que la sensibilisation soit accrue et qu’il y ait un numéro vert pour dénoncer les cas suspects, afin que des enquêtes permettent d’établir des preuves. Les participants ont recommandé une harmonisation des législations en Afrique de l’Ouest, afin d’éviter que le Mali qui dispose d’une législation plus tolérante, plus douce ne puisse pas drainer les drogues de la sous région et les trafiquants de tout acabit (comme ce fut le cas lorsque les pays voisin ont choisi le Mali pour venir exciser leurs enfants). Renforcer les capacités des hommes de média et impliquer les acteurs de la société civile pour crever l’abcès.

A noter que cet atelier de Bamako intervient après un atelier de deux jours sur les politiques en matière des drogues, organisé par la Commission Ouest-Africaine sur les Drogues (WACD) et le Consortium International sur les Politiques des Drogues (IDPC) du 3 au 4 juin 2015 à Hôtel Mensvic à Accra, Ghana.

L’objectif de cet atelier était de favoriser la compréhension de la véritable nature du problème des drogues dans la région, et de sensibiliser également les décideurs aux problèmes auxquels les consommateurs des drogues, les responsables de l’application des lois et politiciens font face. Cet atelier cherchait à améliorer également les compétences des journalistes dans leurs rapports sur les problèmes liées aux drogues dans la région.


Boukary Daou, Directeur de Publication du Quotidien Le Républicain, Mali

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